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Inventaires

Vendredi 24 novembre 2006

DES JOURS

            

            Il y a des jours où elle se demande comment vont bien pouvoir faire les habitants de l'Europe centrale pour s'en sortir et quelle robe elle va mettre pour aller danser.         

            Il y a des jours où elle ne mange que du chocolat noir. 

            Il y a des jours où elle aime que les hommes regardent ses jambes dans la rue. 

            Il y a des jours où elle pense très fort à la mort. 

            Il y a des jours où elle chante sans cesse une chanson idiote. 

            Il y a des jours où elle se promène nue dans son appartement. 

            Il y a des jours où elle lit le dictionnaire. 

            Il y a des jours où elle a l’impression de vivre. 

            Il y a des jours où elle rêve qu’elle se caresse devant dix hommes qui la regardent et se masturbent. 

            Il y a des jours où elle trouve que la musique classique abuse du violon. 

            Il y a des jours où elle ne parle à personne. 

           Il y a des jours où elle veut redevenir petite fille pour cueillir des pâquerettes dans les prés. 

            Il y a des jours où elle téléphone à un homme choisi au hasard dans l’annuaire.

            Il y a des jours où elle n’a pas envie de sucer son amant.

Il y a des jours où elle souhaite un ventre tout rond avec un bébé à l’intérieur.

Il y a des jours où elle se demande s’il règne autant de désordre dans la tête des autres que dans la sienne.

Il y a des jours où elle aimerait être un homme, mais ça ce n’est pas souvent. 

                                                           Michel Perdrial

(Ce texte a paru dans la revue Le Bord de l’Eau n°21 en octobre 1996 et dans la revue Supérieur Inconnu n°5 en octobre/décembre 1996.)

Par michel perdrial
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Lundi 2 juillet 2007

ENTRE AUTRES

 

 

 

            Richard Brautigan (d’un coup de pistolet), Yasunari Kawabata (par l’âge rattrapé), Raymond Roussel (sur un matelas allongé), Christine Pascal (par la fenêtre jetée), Pierre Molinier (d’une balle tirée), Paul Celan (par la Seine emporté), Jean-Pierre Duprey (à une poutre accroché), Heinrich von Kleist (bien accompagné), Renée Vivien (de ne plus rien manger), John Kennedy Toole (par le gaz empoisonné), Gérard de Nerval (d’un cordon de tablier), Arthur Cravan (par la mer absorbé), Diane Arbus (la veine sectionnée), Stig Dagerman (dans son garage enfermé), Malcom Lowry (totalement enivré), Jeanne Hébuterne (avec son bébé), Cesare Pavese (de somnifère avalé), Vincent Van Gogh (dans un champ de blé), Stefan Zweig (Lotte à ses côtés), Gérald Neveu (de barbituriques surdosés), Virginia Woolf (de pierres chargée), Jacques Vaché (d’opium absorbé), Julius Pascin (un peu désordonné), René Crevel (de gaz inhalé), Jean Eustache (au téléphone écouté), Unica Zürn (par la fenêtre passée), Yukio Mishima (par une dague éventré), Ernst Ludwig Kirchner (de deux balles tirées), Gherasim Luca (dans la Seine jeté), Marina Tsvetaïeva (pendue à un crochet) …

            On a les amis qu’on peut. 

                                                                                        Michel Perdrial

(Ce texte a paru dans la revue Supérieur Inconnu n°11/12 en juillet/décembre 1998.)

Par michel perdrial
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Dimanche 18 mai 2008

EN ATTENDANT LES FÊTES

 

            Un homme et une femme qui se tiennent par la main et semblent pourtant à mille lieues l’un de l’autre.

            Une jeune fille accrochée au bras de sa mère de qui je prendrais bien la place.

            Un clochard chantant Joyeux anniversaire à la foule des passants qui l’ignore.

            Une femme munie d’une énorme loupe dont elle se sert pour lire le prix des guirlandes.

            Une petite fille blonde qui pleure ayant reçu de sa mère une gifle bien appuyée.

            Une adolescente qui parle à son téléphone portatif et qui lui dit Ok je te rappelle.

            Un groupe de jeunes gens à casquettes rôdant autour des tenues de sport à rayures.

            Une vendeuse à hauts talons et minijupe noire qui discrètement fait signe à un vigile africain.

            Un père Noël d’occasion qui tripote les petits enfants sous les yeux de leurs parents.

            Une vieille femme ployant sous le poids d’une valise noire où sont peut-être enfermés tous ces soucis.

            Un homme grisonnant qui se touche l’entre-jambes en matant les cuisses d’une vendeuse accroupie.

            Une fille qui pleure et que je n’irai pas consoler.

            Des enfants geignards que traîne une matrone excédée.

            Trois policiers au pas régulier qui entrent par une porte et sortent par une autre.

            Une jeune fille aux lèvres peintes souriant à un jeune homme qui joue avec sa cravate.

            Un petit Lucas qui attend sa mère à l’accueil.

            Un vendeur énervé qui refait une méchante addition avec sa calculette.

            Une jeune femme brune qui apprend à son compagnon qu’il est vraiment trop con.

            Un couple d’homosexuels dont les mains se frôlent comme par accident.

            Un homme pour qui tout est trop cher et qui tient à le faire savoir.

            Une jeune femme élégante rajustant sa barrette d’un geste gracieux.

            Un vieil homme qui parle à son chien et lui demande d’être gentil.

            Une adolescente fluette qui file sur des roulettes silencieuses.

            Une fille et un garçon qui se mangent la langue contre un pilier du centre commercial.

            Le monde de celles et de ceux qui semblent savoir ce que vivre veut dire et moi assis dans un coin qui les regarde et les écoute.

                                                                                                          Michel Perdrial

(Ce texte a paru dans la revue Supérieur Inconnu n°19 en octobre/décembre 2000.)

Par michel perdrial
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