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Samedi 11 novembre 2006

TROP TARD

 

      Nous suivions la camionnette noire fleurie de gerbes multicolores. Deux ou trois dans chaque voiture. Cela faisait un tout petit cortège. A chaque carrefour, l'un des passagers de la camionnette en descendait et arrêtait les voitures qui venaient en sens inverse. Il rejoignait ensuite son véhicule en courant comme un dératé, la cravate rejetée par-dessus son épaule. Ceci nous faisait sourire pourtant ce n'était pas le moment. Et cela ainsi jusqu'à ce que nous quittions la ville, que nous arrivions en bordure de la forêt à l'entrée du cimetière.

 

      Nous marchions tristement derrière le cercueil porté par quatre hommes aux épaules couvertes de pellicules. Quelques-unes d'entre nous pleuraient. Certains aussi. Des tréteaux attendaient la boîte en bois verni qui y était déposée. L'homme qui tout à l'heure courait dans les rues de Louviers faisait un discours ridicule d'où il ressortait que quarante-deux ans c'était bien jeune pour mourir. Puis, l'un des porteurs de cercueil marmonnait:

 

        -Merde, on a oublié les immortelles.

 

       Il courait les chercher dans la camionnette. L'un après l'autre, nous en déposions une sur le cercueil. Puis, celui-ci était à nouveau soulevé par les quatre porteurs.

 

       Nous grimpions dans la terre fraîche jusqu'au grand trou gardé par deux fossoyeurs appuyés sur leurs pelles. Le cercueil y descendait lentement retenu par des cordes. Nous jetions une nouvelle immortelle sur son couvercle, chacun à notre tour, tout au fond du trou. Je réussissais à viser en plein coeur.

                                                 Michel Perdrial

 

(Ce texte a paru dans la revue L’Art du Bref n°15 en juillet/août 1996 et a été mis en onde dans l’émission Clair de Nuit sur France Culture le 3 février 1997.)

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Dimanche 5 novembre 2006

JE SUIS

 

 

 

            Je suis, alors que l’on repeint les balcons en vert à Villeneuve le vendredi trente juillet mil neuf cent quatre-vingt-douze et que Boris Vian et Stéphane Goldmann s’évadent de mon tuner à Saint-Germain-des-Prés où je ne les rencontrerai jamais car il est toujours trop tard pour parler à ceux que l’on aime ou alors ils sont trop loin comme cette jeune fille à sac à dos en pleine guerre à Sarajevo qui voudrait s’échapper de l’écran de télévision où sifflent les balles et que me parcourt l’idée fugitive et ridicule d’aller à son secours en grimpant dans le premier train pour la Bosnie pourvu qu’il passe par Vienne où Thomas Bernhard vient d’être opéré d’une tumeur au poumon au Pavillon Hermann et qu’il ne peut rejoindre au Pavillon Ludwig son ami devenu fou et néanmoins toujours neveu de Wittgenstein dont je parlerai à Gwendoline mon amie de papier de Valenciennes à laquelle j’écris presque chaque jour sur la table de ma cuisine à Villeneuve où de jeunes désœuvrés employés par la mairie recouvrent le jour de peinture blanche les hiéroglyphes qu’ils tracent la nuit de peinture noire lorsque allongé sur mon lit toujours à Villeneuve et cependant à Vienne près de Thomas Bernhard je lis Le neveu de Wittgenstein et qu’après avoir posé ce livre sur la table de chevet je rêve de Gwendoline ou peut-être d’une autre en me caressant lentement ou songe à ce texte que j’écrirai demain sur la table de ma cuisine et a-t-on jamais vu un véritable écrivain écrire dans une cuisine, étrangement vivant.

 

 

                                                                                     Michel Perdrial

 

 

(Ce texte a paru dans la revue Supplément d’Ame n°5 en mars 1996.)

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Samedi 4 novembre 2006

 

          Michel Perdrial vit à Rouen dans un ancien monastère où, récemment encore, les Sœurs de la Miséricorde se dévouaient à l’éducation des jeunes filles, mais c’est dans les cafés de la ville qu’il s’abandonne au démon de l’écriture.

          Depuis 1995, on peut le lire dans une vingtaine de revues littéraires françaises et étrangères :

          En France dans Supérieur Inconnu, Supplément d’Ame, Nouvelle Donne, Le Bord de l’Eau, Pris de Peur, l’Art du Bref, Sol’Air, Gros Textes, Salmigondis, Verso, Décharge, Bulle, Filigranes, Diérèse, Martobre, Comme ça et Autrement, (Cahier d’) Ecritures, La Nef des Fous. 

          En Belgique dans Traversées, Ecrits Vains, L’Arbre à Plumes, Inédit Nouveau, Bleu d’Encre.

 

          Au Canada (Québec) dans Les Saisons Littéraires.

          En Italie (Val d’Aoste) dans Les Cahiers du Ru.

          En 1999 parait aux Editions du Chardon (Michel Raluy, Editions du Chardon, place de la Mairie, F 63910 Bouzel) un recueil de 28 de ses textes érotiques intitulé Erotica, illustré par Isabelle Pio et Antoine Lopez et préfacé par Sarane Alexandrian (auteur entre autres d’une Histoire de la littérature érotique), quelques exemplaires de ce recueil sont disponibles sur www.priceminister.com

           En 2001, Franck Spengler (Editions Blanche) le recommande à l’éditeur François Bourin qui crée les éditions électroniques Olympio. On peut alors lire sur Internet ses romans Jours de doute et Mélissandre mais Olympio fait rapidement  faillite.

          A la radio, certains de ses textes sont également mis en onde pour l’émission Clair de Nuit de Jean Couturier et Irène Omélianenko sur France Culture :  

          Le 3 février 1997 : La Star et l’épicier et Trop tard

          Le 29 avril 2001 : J’aurais préféré.

          Enfin, il est l’auteur d’une pièce de théâtre et de plusieurs romans à ce jour inédits. 

 

          On peut le contacter à l’adresse suivante : michelperdrial@yahoo.fr

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