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  • : Le blog littéraire de Michel Perdrial
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  • : Ce blog reprend les textes de Michel Perdrial publiés dans des revues littéraires en France et à l'étranger ou lus sur France Culture. On peut lire également son journal de bord, tenu à jour quotidiennement, à l'adresse: http://ecrivainrouen.over-blog.com
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Mardi 15 juillet 2008

BARCELONE, PERTE ET FRACAS

 

            C’est à Barcelone que je laisse entre les mains d’un petit voyou baratineur mon porte-monnaie et son contenu, quelques billets pliés en quatre. Il me le soustrait habilement cependant que je protège mon appareil photo sur la pellicule duquel Mélo me sourit et bientôt se déshabillera. Un petit porte-monnaie bleu qui me venait de mon frère décédé et qui finira dans un caniveau et des billets pliés en quatre qui ne traîneront pas dans la poche du voleur.

            L’hiver s’achève, le ciel est bleu à Barcelone et nous ne nous apercevons de la disparition du petit porte-monnaie bleu que bien plus tard à la buvette du parc Güell où nous ne pouvons nous abreuver.

            Ce n’est là qu’un évènement de peu d’importance. Il suffit d’aller à la tirette de la première banque venue pour remédier à la perte d’argent. L’essentiel est ailleurs et se cache dans le plaisir mêlé de déception de Mélo alors que nous faisons la queue (la queue) au milieu de clochards avinés sur la place Reial le soir de la Saint-Valentin pour entrer au restaurant Les Quinze Nits. Oui, l’essentiel est ailleurs et se trouve dans les larmes de Mélo, le lendemain matin, dans une ruelle assombrie par les immeubles crasseux aux fenêtres obscurcies de rideaux perpétuellement baissés et où sèchent des vêtements plus sales que propres, près du musée Picasso. Les larmes de Mélo silencieuses et inextinguibles. Et mon mouchoir bien trop petit pour les contenir toutes.  

                                                                                                               Michel Perdrial  

(Une première version de ce texte a paru dans la revue Comme ça et Autrement n°24 en décembre 2000)

par michel perdrial publié dans : Mélo
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Lundi 30 juin 2008

BILBOQUET

 

            J’étais à la fenêtre lorsqu’ils sont arrivés. Leur voiture, imposante et silencieuse, semblait se jouer des trous et des bosses du chemin. Ils ont hésité devant le calvaire, entre la maison de la voisine et la mienne. Puis, ils ont aperçu la pancarte et la flèche. Le nez de la voiture s’est tourné vers moi. J’ai lâché le rideau et me suis apprêté à descendre l’escalier. Eugène, le chien, a aboyé et deux claquements de portière lui ont répondu. Je me suis avancé vers eux. Un homme grand, musclé, sportif et élégant et une femme vraiment très belle, souple et bronzée. Ils auraient droit à la meilleure chambre, celle au grand miroir.

-C’est bien ici, les chambres d’hôtes ? s’est enquis le voyageur.

            Ils m’ont suivi jusqu’à la chambre au miroir et ont posé leurs valises sur le lit moelleux. Ils ont jeté un coup d’œil aux toilettes et à la douche puis ont ouvert la fenêtre donnant sur le lac.

-C’est parfait, m’a dit la voyageuse en fixant de ses grands yeux noirs, sur le mur face au miroir, la photo d’Harriet Anderson, les yeux fermés, offrant au soleil ses épaules dénudées dans l’échancrure d’un cardigan boutonné au milieu des seins.

-Si vous avez besoin de quoi que ce soit, vous frapperez à la porte verte, leur ai-je dit avant de les quitter.

            Ils se sont enfermés chacun à leur tour dans les toilettes, se sont passé un peu d’eau fraîche sur le visage puis ont ouvert leurs valises. Après avoir rangé leurs vêtements dans l’armoire, ils sont allés à la fenêtre contempler le lac parsemé de voiles blanches.

            Puis elle s’est tournée vers le miroir, a esquissé quelques pas de danse en souriant. Son compagnon s’est allongé sur le lit. Tout en dansant, elle a commencé à ouvrir son chemisier et a dénudé ses épaules. Ses seins libres et dorés se mouvaient en cadence. Elle a fait glisser sa jupe, ôté ses escarpins, enlevé sa minuscule culotte de soie blanche.

            L’homme avait ouvert son pantalon. Son sexe était dressé et il le caressait, les yeux sur sa compagne et sur l’image de celle-ci.

            Elle a collé sa bouche sur le miroir, s’embrassant elle-même avec passion et avidité puis, s’asseyant sur un tabouret, a largement ouvert les cuisses et, à l’aide de ses doigts, a écarté les lèvres de son sexe.

            L’homme s’est approché pour mieux voir. Il a promené sa queue sur le corps de la femme, l’insinuant entre les fesses, remontant au creux des reins, suivant le contour des omoplates, la cachant dans l’épaisse chevelure noire, la nichant dans une oreille, frôlant la bouche entrouverte, descendant entre les seins.

            La jeune femme s’est levée, s’est placée de profil, a pris appui des deux mains sur le dossier d’une chaise, légèrement penchée en avant. Il l’a empoignée par les seins et l’a prise par derrière.

            J’ai attrapé le téléphone et j’ai composé le numéro de la voisine. J’ai laissé sonner une fois comme convenu avant de raccrocher.

            J’ai attendu, fébrile et impatient, contemplant, derrière le miroir sans tain, le sexe de l’homme allant et venant dans celui de la femme dont les yeux semblaient me regarder.

            Je n’allais pas pouvoir tenir longtemps comme cela avec un tel bilboquet au bas du ventre. Que faisait donc la fille de la voisine ? N’avait-elle pas entendu la sonnerie du téléphone ?

                                                                                                          Michel Perdrial

(Ce texte, dans une version légèrement différente, a paru au Québec dans la revue Les Saisons Littéraires n°19 à l’automne/hiver 2000/2001.)

par michel perdrial publié dans : Erotica
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Vendredi 20 juin 2008

UN LIVRE POUR ELLE

 

            J’ai acheté un livre pour elle. Un livre écrit pour elle, bien que l’auteur soit mort depuis longtemps. Un livre qui dit le malheur des êtres fiers enfermés dans la nasse où prospèrent les lâches et les hypocrites. Un livre où elle est présente à chaque page.

            Je la vois au quotidien depuis que le hasard de la vie professionnelle l’a conduite vers moi. Elle a vingt-trois ans et encore un pied dans l'adolescence. Le monde des adultes lui fait horreur et elle n’est pas encore faite à l’idée qu’elle y a déjà sa place.  

            Elle est grande, très mince et elle cache ses petits seins sous des chemises sages, ses petites fesses dans des jeans classiques. Cela la rend –l’ignore-t-elle ?- bien plus sexy que la plus provocante. Elle retient par une pince ses cheveux blonds cendrés dont quelques mèches s’égarent parfois devant ses yeux clairs. Ses dents blanches sont si parfaites qu’on pourrait y apprendre à jouer du piano avec la langue.

            Pourquoi faut-il que j’aime les jeunes filles au corps d’anguille ?

            Je fais très attention à ce que je lui dis. C’est si facile de la faire rougir. J’aimerais pouvoir lui expliquer simplement que je l’admire d’être si intransigeante, de savoir si bien discerner le vrai du faux, de concilier en elle la paix et la violence, de n’être soumise à aucune idée mesquine, d’être déjà si déçue et encore pleine d’espoir.

            Mais comment s’y prend-on pour dire cela à une fille qui est trop jolie ?

            Le premier juin mil neuf cent trente-huit, Odön von Horvath sortait d’un cinéma parisien lorsqu’il fut tué par un arbre renversé par le vent impétueux. Il avait trente-sept ans et venait de publier un livre pour elle qui ne naîtrait que bien plus tard.

            Ce livre, oserai-je le lui offrir ? Cela fait plusieurs jours qu’il traîne sur la petite table ronde du salon, élégamment habillé de papier-cadeau noir.

            La vie jamais n’obéira à l’évidence.

                                                                                                          Michel Perdrial

(Une première version de ce texte a paru au Québec dans la revue Les Saisons Littéraires n°19 en automne/hiver 2000/2001; cette version, définitive, a paru en France dans la revue Décharge n°131 en septembre 2006 et en Belgique dans la revue Traversées à l’hiver 2006/2007.)

par michel perdrial publié dans : Je est un autre
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Lundi 9 juin 2008

VRAIMENT

 

            Cette fille vraiment belle à la démarche assurée et aux longs cheveux bruns flottant sur ses épaules vient vers moi à n’en pas douter. Parmi les dizaines de piétons qui remontent la rue du Gros en direction de la cathédrale nouvellement blanchie et presque dégagée de ses échafaudages, c’est bien moi qu’elle a choisi. Je la vois de près maintenant. Elle me gratifie d’un sourire enjôleur. Me parle:

            -Bonjour, vous auriez deux petites minutes pour répondre à une enquête sur les yaourts ?

            Elle ne doute pas de ma réponse. A déjà en main le stylo permettant de cocher les petites cases de son questionnaire.

            -Deux minutes ? Pour les yaourts ? Vous ne parlez pas sérieusement ?

            Elle me regarde interloquée. J’insiste:

            -Vous croyez vraiment que l’on peut gaspiller sa vie ainsi ? En perdre ne serait-ce que deux minutes pour réfléchir au goût ou à la consistance des yaourts ? La vie est précieuse, vous savez. Et courte, très courte.

            Cette fille vraiment belle n’a pas de temps à perdre avec moi. Elle me plante là et se jette sur une jeune femme qu’elle devine plus encline à s’épancher sur les produits laitiers. Je reprends donc ma progression contre le flot de celles et ceux qui vont vers la place du Vieux, bifurque soudainement à gauche et vais me poser dans un café fréquenté par une meute de lycéennes. A ma gauche, deux d’entre elles et à ma droite, une autre avec son coquin du moment. Je m’oublie en stéréophonie dans leurs conversations dents de scie.

Gauche :-Je suis sortie en boîte samedi soir et j’ai rencontré un mec génial.

                          -Ah ouais. Il est bien monté ? Il a un joli cul ?

                          -Bien monté, je ne sais pas encore. Mais pour le joli cul, ça oui. 
             Droite : -Tu te rends compte que c’est le deuxième samedi soir que je passe à chialer  à mort à cause de toi et là tu arrives en retard.

                          -Si c’est pour me faire engueuler, en retard c’est encore trop tôt.

            Il s’agit toujours des mêmes histoires, déjà entendues dans ce bar ou ailleurs et qui font que j’envie leurs vies adolescentes. Mais je ne les entends plus, je songe tout à coup que j’en connais un rayon sur le yaourt, son origine (bulgare), son élaboration (subtile) et plus encore ses usages (multiples) dont un non répertorié par les fabricants et qui demande la complicité d’une fille au ventre nu et aux cuisses écartées. Je paie ma boisson rafraîchissante aux extraits végétaux et me précipite vers le Gros-Horloge. Cette fille vraiment belle à la démarche assurée et aux longs cheveux bruns flottant sur ses épaules n’est plus là.

                                                                                                          Michel Perdrial

(Ce texte a paru dans la revue Martobre n° 8 en décembre 2000.)

par michel perdrial publié dans : Je est un autre
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Lundi 2 juin 2008

N'ALLEZ PAS CROIRE

 

N'allez pas croire, ce n'est pas par plaisir qu'elle s'enferme dans la salle de bains. Ne pensez pas qu'elle passe des heures à se doucher, se sécher, se coiffer, se maquiller. Ne la voyez pas régnant sur une armada de crayons à lèvres, fards à paupières, fonds de teint et flacons de parfum. Ne l'imaginez pas lèvre peinte et oeil de biche, fraîche comme la rose à peine éclose. Elle est assise sur le carrelage froid et elle pleure. Hier à Beyrouth, aujourd'hui à Paris. La même salle de bains, la même blancheur glaciale. Elle est une petite fille. Elle entend tomber les bombes. Les vitres se brisent. Elle se bouche les oreilles de ses petites mains d'enfant. Elle pleure. Son frère lui caresse les cheveux. Son père tente de la rassurer. Sa mère sèche ses larmes. Elle est une jeune fille, presque une jeune femme. Elle entend les éclats de voix. Elle se bouche les oreilles. Elle pleure. Elle est seule désormais, toute seule. Son frère n'est plus là pour lui caresser la nuque. Son père et sa mère ne se soucient plus d'elle. Ce sont eux qui lui déchirent les tympans de leurs cris, de leurs disputes. Ils se haïssent aujourd'hui à Paris, eux qui s'aimaient hier à Beyrouth. La guerre ne finira-t-elle jamais? se demande-t-elle. Elle est enfermée dans la salle de bains mais n'allez pas croire.

                                                                                                                    Michel Perdrial

(Ce texte a paru en Belgique dans la revue Inédit n°147 en décembre 2000.)

par michel perdrial publié dans : Je est un autre
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